Lactate exogène: le futur de la nutrition sportive?
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Le lactate n’est pas un déchet produit par le muscle en difficulté, mais un substrat énergétique majeur que l’organisme sait utiliser efficacement. Des explorations sont en cours, du lactate ingéré (lactate exogène) pourrait devenir un nouveau carburant pour les sports d’endurance.

Depuis quelques années, une nouvelle piste intrigue le monde de l’endurance : et si le lactate pouvait être consommé directement pendant l’effort pour devenir une source d’énergie supplémentaire ?
C’est l’une des pistes explorées par Aitor Viribay, docteur en sciences du sport et fondateur de Glut4Science, qui travaille sur les stratégies nutritionnelles innovantes pouvant repousser les limites de la performance en endurance.
Du « lactate = fatigue » au lactate comme carburant
Le modèle traditionnel selon lequel l’accumulation de lactate serait responsable de la fatigue est aujourd’hui remis en question.
Le lactate fonctionne plutôt comme une molécule d’échange énergétique : il peut être produit dans un tissu, transporté dans le sang, puis capté et oxydé par un autre tissu pour produire de l’énergie. Le cœur, le cerveau et les muscles très actifs sur le plan mitochondrial sont notamment capables d’utiliser le lactate comme substrat énergétique.
Cette découverte ouvre une question : pourrait-on apporter du lactate de l’extérieur, sous forme de « lactate exogène », afin d’augmenter la disponibilité énergétique pendant un effort prolongé ?
Un carburant complémentaire aux glucides ?
L’intérêt potentiel du lactate est qu’il pourrait fonctionner différemment des glucides classiques.
Les glucides consommés pendant l’effort (glucose et fructose) nécessitent un passage intestinal via des transporteurs spécifiques :
le glucose utilise principalement le transporteur SGLT1 ;
le fructose utilise principalement GLUT5.
Le lactate, lui, pourrait emprunter une autre voie de transport via les transporteurs MCT, notamment MCT1.
L’idée serait donc de créer un modèle « dual fuel » :
les glucides continuent d’apporter rapidement de l’énergie ;
le lactate apporte une source énergétique complémentaire ;
Les deux pourraient théoriquement augmenter la quantité totale d’énergie disponible pendant l’effort. L’objectif ne serait donc pas de remplacer les glucides, mais d’ajouter une nouvelle source de carburant.
Les défis actuels du lactate exogène
Sur le papier, le concept est séduisant. Mais plusieurs obstacles restent à résoudre avant d’imaginer des stratégies utilisées en compétition.
Pour avoir un effet potentiellement significatif, il faudrait probablement atteindre des doses élevées, de l’ordre de 10 à 25 g de lactate par heure.
Or, les sources alimentaires actuelles sont loin d’être idéales.
Les principales sources de lactate

Les yaourts ➡ environ 1 g de lactate par yaourt.Une source naturelle intéressante, mais totalement insuffisante pour atteindre les quantités envisagées pendant un effort (il faudrait imaginer consommer une dizaine de yaourts par heure).
Le kéfir de lait ➡ environ 10 g de lactate par litre. La concentration est meilleure, mais le volume nécessaire devient incompatible avec une pratique sportive d’endurance.
L’acide lactique alimentaire ➡ environ 10 g de lactate pour 12 mL.Très concentré, mais son acidité et son goût rendent son utilisation difficile pendant un effort prolongé.
Les lactates de sodium, calcium ou magnésium ➡ environ 10 g de lactate pour environ 12,5 g de sel de lactate (selon la forme utilisée). La problématique principale devient alors la quantité de minéraux associée, notamment le sodium, pouvant poser des limites digestives et nutritionnelles.
Une révolution potentielle… mais encore en construction
Cette situation rappelle l’arrivée de certaines innovations récentes en nutrition sportive, comme les esters de cétones ou les hydrogels glucidiques.
Dans ces deux cas, le concept était prometteur, mais la réussite dépendait autant de la molécule elle-même que de la manière de l’apporter efficacement à l’organisme.
Pour le lactate, le potentiel existe : apporter une nouvelle source d’énergie utilisable pendant plusieurs heures d’effort pourrait représenter une évolution majeure dans les sports d’endurance.
Mais aujourd’hui, les preuves scientifiques restent encore insuffisantes pour en faire une stratégie validée en compétition.
Conclusion
Le lactate n’est plus le symbole de la fatigue musculaire : c’est un véritable carburant que notre organisme sait utiliser.
Le lactate exogène pourrait devenir demain une nouvelle source d’énergie complémentaire aux glucides, capable d’augmenter l’apport énergétique disponible lors des efforts longs.
Cependant, la technologie de délivrance, la tolérance digestive et la validation scientifique doivent encore progresser avant de voir apparaître des produits réellement efficaces pour les athlètes d’endurance.



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